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Alphonse Daudet - Les lettres de mon moulin

 

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Alphonse Daudet est un des romanciers les plus populaires du XIXe siècle, un de ceux que lisent avec le plus de plaisir les écoliers de dix à quinze ans.

D'origine méridionale, il naquit à Nimes en 1840. Il eut une enfance heureuse, mais une jeunesse pénible. Son père, important manufacturier du Gard, fit un jour de mauvaises affaires et se trouva à peu près ruiné. Alphonse, à peine âgé de seize ans, dut, pour gagner sa vie, accepter une place de "maître d'étude" au Collège d'Alès (1856). Dans cette situation subalterne, il était d'autant plus malheureux qu'il se sentait invinciblement attiré vers les lettres : au bout d'un an de "martyre", il décida de quitter son "bagne" et aller tenter sa chance à Paris, où son frère Ernest, plus âgé que lui de trois ans, occupait un emploi de secrétaire, aux appointements de 90 francs par mois (1857). C'est de cette modeste mensualité que les deux jeunes gens vécurent quelque temps, dans une petite chambre de l'Hôtel du Sénat, rue de Tournon, n°7.

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Alphonse, sans situation, occupait ses loisirs à écrire, et dès 1858 il se fit connaître par un recueil de vers, dont un libraire du voisinage avait bien voulu assurer l'impression et qui fut favorablement accueilli par la critique comme par le public. Enhardi par ce succès, il se lança résolument dans la carrière qu'il avait choisie, collaborant à des journaux, composant des pièces de théâtre, n'osant pas encore toutefois aborder le roman. Il gagnait, à la vérité, fort peu d'argent, et de surcroît, sa santé, qui n'était pas bonne, l'obligea, trois hivers de suite (1861, 1862 et 1863), à aller prendre un peu de repos en Algérie, en Corse ou dans sa chère Provence. Par bonheur, il fut un jour présenté au duc de Morny, président du Corps Législatif, qui l'attacha à son cabinet comme secrétaire. Il exerça ces fonctions pendant cinq ans, mais sans beaucoup d'enthousiasme : il donnait toujours aux lettres le meilleur de son temps, encouragé dans ses ambitions par sa jeune femme, née Julie Allard, qui a laissé elle-même des recueils de poésie et des livres de souvenirs.

Après son mariage (1867) commence la période la plus féconde de sa carrière. En 1868, il donne son premier roman, Le Petit Chose, "histoire d'un enfant", qui est, en fait, à peine déguisée, la douloureuse histoire de sa propre jeunesse ; en 1869, il réunit en volume, sous le titre de Lettres de mon Moulin, des contes provençaux qu'il avait d'abord publiés dans la presse ; puis, pendant près de vingt ans, c'est la série presque ininterrompue des ouvrages qui lui valent peu à peu une réputation mondiale : le récit des "aventures prodigieuses" de Tartarin, son héros favori, type du Méridional hâbleur (Tartarin de Tarascon, 1872 ; Tartarin sur les Alpes, 1885 ; Port Tarascon, 1890) ; un recueil de jolies nouvelles, où se mêlent l'émotion et la fantaisie (Contes du Lundi, 1873) ; enfin, de grands romans de moeurs, tels que le Nabab (1877), les Rois en exil (1879), Numa Roumestant (1881) ou l'Immortel (1888). De plusieurs de ses romans ou de ses contes il avait tiré des pièces de théâtre : la plus connue est, à coup sûr, l'Arlésienne (1872), pour laquelle Georges Bizet, l'illustre compositeur, écrivit une très belle musique de scène.

Malgré l'importance de son oeuvre, A. Daudet n'entra pas à l'Académie française ; mais il fit partie, dès sa fondation (1896), de l'Académie Goncourt. Il devait mourir bientôt après, épuisé par une vie de labeur et de longues années de souffrances (1897).

***** 

LETTRES DE MON MOULIN

Les Lettres de mon Moulin (1869) sont un recueil de 24 contes, qui, pour la plupart, avaient déjà paru, sous le titre de "chroniques provençales", dans deux journaux parisiens, l'Evénement (d'août à novembre 1866) et le Figaro (d'octobre 1868 à octobre 1869). Un certain nombre de ces "chroniques" étaient, à l'origine, signées non pas du nom de Daudet, mais d'un double pseudonyme, "Marie-Gaston". Un authentique Provençal, ami de l'auteur, y avait, en effet, plus ou moins collaboré : c'était un licencié ès lettres de vingt-trois ans, originaire de Sisteron, le futur romancier Paul Arène, alors répétiteur au Lycée de Vanves (aujourd'hui Lycée Michelet). En 1869, pourtant, le recueil complet des "chroniques" parut, dédié à sa femme, sous la seule signature de Daudet : Paul Arène avait bien volontiers renoncé à ses droits, et Daudet, en échange, l'aida, l'année suivante, à achever un de ses romans, Jean-des-Figues (1870), dont il "ne sortait pas".

Le "moulin" où Daudet est censé écrire ses "lettres" est situé à une dizaine de kilomètres d'Arles, "piqué comme un papillon" sur une des vertes collines qui dominent la petite bourgade de Fontvieille. Il s'agit d'un vieux moulin à vent, abandonné depuis fort longtemps et "hors d'état de moudre", qui n'a probablement jamais appartenu à Daudet, mais au pied duquel il allait souvent rêver, quand il était en visite au château de Montauban, tout proche, habité par quatre vieux garçons de ses amis : "Ce coin de roche, disait-il, m'était une patrie." Aussi le fameux moulin, pieusement restauré, abrite-t-il aujourd'hui le Musée Daudet, inauguré en 1935. Ce moulin est "piqué comme un papillon" sur une des vertes collines qui dominent la petite bourgade de Fontvieille (Bouches-du-Rhône), à une dizaine de kilomètres au Nord-Est d'Arles, sur la route des Baux. A l'époque où Daudet écrivait ses "lettres", c'était un vieux moulin abandonné, sans ailes, presque sans toiture, sur une plate-forme en ruines et envahie par les herbes. La photographie le représente en son état actuel, entièrement restauré, et sous sa plate-forme reconstruite l'ancienne salle de bluterie est devenue désormais le Musée Daudet.le-moulin-d-alphonse-daudet.jpg

LETTRE I : INSTALLATION

Cette première "Lettre" est le récit de l'"installation" de Daudet dans le "moulin" de Fontvieille, qu'il feint d'avoir récemment acheté. L'avant-propos du recueil présente en effet, le texte fantaisiste d'un soi-disant acte de vente, en vertu duquel le "sieur Gaspard Mitifio", du hameau des Cigalières, aurait cédé en toute propriété au sieur "Alphonse Daudet, poète, demeurant à Paris", le dit "moulin à vent et à farine", "tel qu'il est et se comporte, avec sa grande roue cassée, sa plate-forme où l'herbe pousse dans les briques" ainsi que les "vignes sauvages, mousses, romarins et autres verdures parasites qui lui grimpent jusqu'au bout des ailes". L'acte aurait été passé "par devant maître Honorat Grapazi", notaire à Pampérigouste, "en présence de Francet Mamaï, joueur de fifre, et de Louiset, dit le Quinque, porte-croix des Pénitents Blancs".

[Explication littérale : "se comporte" = Se comporter, c.-à-d., en langage juridique, "se trouver". La "plate-forme" de maçonnerie qui supporte le moulin, sur le terre-plein en dos d'âne de la butte. Le "fifre" provençal, appelé "flûtet" ou "galoubet", est une petite flûte à trois trous, communément associée au "tambourin" dans les fêtes et les bals populaires du pays. Les "pénitents" sont les membres d'une confrérie, qui, pour faire "pénitence" de leurs fautes, s'imposent certaines pratiques (ensevelir les morts, suivre les processions, chanter les offices, etc). Les "pénitents" portent une cagoule, dont la couleur varie avec la région (blanche en Provence, bleue en Languedoc, noire en Picardie, etc.)].

LETTRE II : LE SECRET DE MAITRE CORNILLE

Francet Mamaï, vieux joueur de fifre, allait de temps en temps faire la veillée avec Daudet dans son moulin. Un soir, tout en buvant du "vin cuit", il raconta à son hôte un "petit drame de village" dont ce vieux moulin avait été témoin une vingtaine d'années auparavant, quand une minoterie à vapeur fut installée dans le pays par des Parisiens et que les moulins à vent durent fermer l'un après l'autre. C'est la touchante histoire du "secret de maître Cornille".

[Explication littérale : Francet, c.-à-d. "le petit François", abréviation sans doute de Françounet, diminutif habituel du provençal Francés. Les diminutifs de prénoms, tels que Francet, Louiset, (Bap)tistet, etc., sont usuels en Provence et amicalement appliqués, dans le langage familier, même à de grandes personnes. Le "vin cuit", qu'il ne faut pas confondre avec le "vin chaud", ni avec le "vin à la française", est en réalité un jus de raisin concentré, très alcoolisé, et d'un goût très sucré, préparé avec du moût qu'on fait longuement bouillir et évaporer, puis qu'on laisse fermenter. Il se boit tel quel, ou aromatisé avec de la cannelle, sans addition de sucre.]

LETTRE VII : LA MULE DU PAPE

En Provence, "quand on parle d'un homme rancunier, vindicatif", on dit qu' "il est comme la mule du Pape, qui garda sept ans son coup de pied". D'où vient ce proverbe ? D'une vieille histoire dont Daudet déclare plaisamment avoir retrouvé le récit naïf à la Bibliothèque des Cigales.

Les faits se passent à Avignon, au temps des Papes. Qui n'a pas vu Avignon à cette époque "n'a rien vu". "Pour la gaîté, la vie, l'animation, le train des fêtes, jamais une ville pareille... Ah ! l'heureux temps ! l'heureuse ville ! Des hallebardes qui ne coupaient pas ; des prisons d'Etat où l'on mettait le vin à rafraîchir. Jamais de disette, jamais de guerre... Voilà comment les Papes du Comtat savaient gouverner leur peuple ; voilà pourquoi leur peuple les a tant regrettés !" L'un de ces Papes, "un bon vieux qu'on appelait Boniface", était particulièrement chéri des Avignonnais. Son plus grand amour était sa vigne, qu'il avait plantée lui-même à Château-Neuf, et dont il appréciait le "beau vin, couleur de rubis, qui s'est appelé depuis le Château-Neuf des Papes". Mais, après sa vigne, ce qu'il aimait le plus au monde, c'était sa mule, dont l'humeur rancunière était destinée à passer en proverbe.

[Explication littérale : Garda, c.-à-d. "tint en réserve". Le "temps des Papes" est la période d'environ 70 ans (1309-1377) pendant laquelle les papes, chassés de Rome, résidèrent dans la région du Vaucluse (comtat Venaissin et comtat d'Avignon), qui appartenait au Saint-Siège. Avignon fut alors le centre du monde chrétien. Pendant 40 ans encore (1378-1417), la ville resta la résidence papale, mais bientôt Rome se donna d'autres papes, qui prétendirent être les vrais, et les papes d'Avignon furent appelés les "antipapes" : c'est l'époque du Grand Schisme d'Occident. La chrétienté ne retrouva son unité et la papauté ne redevint définitivement romaine qu'au milieu du XVe siècle. La vie fastueuse des papes d'Avignon et de leurs cardinaux est restée légendaire. La cour pontificale se composait de plus de 300 personnes : pour la loger, la nourrir et la vêtir, il en coûta en 1330 trois millions de francs-or à Jean XXII, qui passait pour économe. Aucun des neuf papes ou antipapes d'Avignon ne porte ce nom, qu'avaient par contre porté jusque-là une dizaine de papes romains. Châteauneuf-du-Pape, ou Château-neuf-Calcernier, à 12 km au Nord d'Avignon, à mi-chemin d'Orange, est un bourg réputé pour ses vignobles et les ruines de son château.]

LETTRE XI : LE CURE DE CUCUGNAN

L'abbé Martin, curé de Cucugnan, "aimait paternellement" ses paroissiens, mais les Cucugnanais n'étaient guère dévots et "les araignées filaient dans son confessionnal". Voulant à tout prix "ramener au bercail son troupeau dispersé", il adressa, un dimanche, à ses ouailles l'ingénieux sermon que vous allez entendre dans cette émission...

[Explication littérale : Ce conte, si l'on en croit Daudet, est d'origine provençale ; mais Cucugnan est un tout petit village de l'Aude, non loin de Carcassonne. Saint Pierre, le premier des apôtres, souvent appelé le "portier du Paradis", parce que, selon l'Evangile, il avait reçu de Jésus les clefs du ciel.]

LETTRE XIII (B) : LE SOUS-PREFET AUX CHAMPS

Ballade en prose - Il y a aujourd'hui, autour du moulin, "un grand tapis de gelée blanche", et il fait froid : "sa chère Provence s'était déguisée en pays du Nord", le meunier a l'idée, "parmi les pins frangés de givre et les touffes de lavandes épanouies en bouquets de cristal", d'écrire cette "ballade" en prose, "d'une fantaisie un peu germanique".

[Explication littérale : Le "chêne-vert", commun dans le bassin méditterranéen, est un chêne qui ne perd jamais ses feuilles et les garde toujours vertes.]

LETTRE XXIII : L'ESPERE

En Camargue - Daudet a été invité par des châtelains voisins à chasser le canard en Camargue. De là le tableau de chasse qui compose cette lettre (au total dans la lettre 5 tableaux). L' "espère" ! "Quel joli nom pour désigner l'affût, l'attente du chasseur embusqué !" L'affût en barque étant trop compliqué pour un chasseur peu expérimenté, Daudet va de préférence à l' "espère" à pied, au clair de lune, "barbotant en plein marécage avec d'énormes bottes", sous l'oeil ironique d'un gros chien des Pyrénées, qui ne dissimule pas son mépris pour ce mauvais chasseur. Mais si le tableau de chasse est médiocre, quel beau spectacle, du moins, que ce paysage éclairé par la lumière bleue de la lune !

[Explication littérale : L' "espère" (mot provençal francisé), c.-à-d. l' "attente", d'où, en terme de chasse, l' "affût".]

Crédits

Conception : E-monsite, Yves Vianney

Rédacteur et propriétaire des textes : Yves Liogier 

Un AudioBlog créé en Mars 2011

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