Audioblog Yves Vianney - YV Company
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De même que pour St. Basile, Saint Jérôme, son désir d’une vie parfaite avait pris naissance dans un coude à coude amical.
"Nous voulions nous retirer de la foule pour vivre en paix, par horreur des turbulents tracas de la vie humaine. Voici comment nous arrangions cette paisible existence : les biens dont nous disposions seraient mis en commun. Ainsi, en vertu de notre loyale amitié, l’un ne serait pas propriétaire de ceci, l’autre de cela : toutes les fortunes n’en feraient plus qu’une. Il nous semblait que nous pourrions être une dizaine à nous associer ainsi et plusieurs parmi nous étaient fort riches... Nous avions décidé que, chaque année, deux de nous seraient chargés de veiller à tous les détails indispensables, les autres n’ayant à s’occuper de rien. Mais quand nous en vînmes à nous demander si nos femmes admettraient la combinaison - les uns parmi nous étaient mariés et nous autres aspirions à l’être - tout ce beau projet, si bien aménagé, nous échappa des mains, si bien qu’il se brisa et fut jeté de côté." (Confessions, VI. 14-24).
C’est vers 30 ans, qu’il se convertit et mit son projet de cercle amical à exécution. Il s’installa dans une maison à Cassiciacum près de Milan, avec des amis africains comme lui, plus son frère, ses deux cousins, son fils Adéodat, sa mère Monique qui tena le rôle de maîtresse de maison.
Après la mort de sa mère, le groupe s’installe à Tagaste en Afrique. Et voici ce qu’Augustin constate : "Tandis que je rêvais de vivre en commun avec mes frères, le saint vieillard Valère connut mes projets et me donna ce jardin où s’élève maintenant le monastère. J’ai commencé à y réunir mes frères de bonne volonté, des hommes qui ne possédaient rien de plus que moi et qui étaient disposés à imiter ma conduite, c’est-à-dire à vendre leur pauvre patrimoine comme je l’avais fait, pour en distribuer le prix aux pauvres et vivre ensemble."
Pas de règle ni d’engagement d’avenir ; seulement vie communautaire, sans luxe, en franche amitié et désir de perfection, avec le choix de partir à tout moment. Mais chacun reste et obéit à Augustin parce qu’il est le plus ancien et le plus sage. Il demeure donc à Tagaste et son rayonnement après seulement trois ans déborde vite de la Cté. Et bientôt, l’Evêque d’Hippone - Valère - jette son dévolu sur Augustin pour le remplacer. Après la vie bat son cours, la mort de son fils survient brusquement, ensuite il accepte le sacerdoce puis devient évêque de Tagaste. Voici ce qu’il écrit au deuxième tournant de sa vie :
"Il ne peut exister de plein accord sur les choses humaines entre des amis qui sont en désaccord sur les choses divines ; celui qui méprise celles-ci estime les choses humaines autrement qu’il ne devrait, et celui qui n’aime pas Celui qui à fait l’homme n’a pas appris à aimer l’homme comme il convient. La confiance sincère, l’affection mutuelle des vrais et bons amis ne sont-elles pas notre seule consolation dans les erreurs et les tristesses dont est remplie cette société humaine ?... Nous passions avec indifférence devant des lieux et des choses admirables. L’habitude de les voir avait émoussé en nous le plaisir du spectacle. Montrons-les à ceux qui ne les avaient pas encore vus et notre plaisir éteint se renouvellera dans leur joie et leur admiration avec d’autant plus de vivacité qu’ils nous sont plus chers. Plus le lien d’amitié qui nous unit à eux sera grand, plus belles et plus nouvelles redeviendront à nos yeux les choses qui étaient devenues communes et sans attrait pour nous... Tant il est vrai que, dans toutes les choses de la terre, rien n’est aimable à l’homme s’il n’a un homme pour ami."
Par la suite, je constate que plus Augustin avance en âge et en sainteté, et plus il est exigeant vis-à-vis de sa personne. Mais il décide de prendre la voie du renoncement total : Augustin change ses relations amicales en relations fraternelles :
"C’est l’amour qui vous a attirés ici ; mais lequel ? Si c’est le nôtre c’est bien ; car nous souhaitons que vous nous aimiez, mais pas pour vous-même. C’est dans le Christ et que nous vous aimons, rendez-nous donc cet amour dans le Christ et que notre amour mutuel soupire vers Dieu. Il existe deux amours, celui du monde et celui de Dieu. Quand tu auras vidé ton coeur de tout amour terrestre, tu puiseras l’amour de Dieu..."
Voilà le fond du problème pour Augustin ! Pour lui, les amitiés entrent en compétition avec l’amour pour Dieu. Il change ses amitiés donc au profit de la charité. Voici un exemple extrait de ses Confessions qui le montre bien :
"Je m’étais fait un ami que la communauté de nos études m’avait rendu profondément cher. Enfant, il avait grandi avec moi ; nous avons partagé les mêmes jeux... La douleur de sa perte ennuagea mon coeur de ténèbres. Tout ce que j’avais partagé avec lui, sans lui se tournait pour moi en une abominable souffrance. Et tout m’était odieux parce que tout était vide de lui..."
Augustin a sacrifié les joies de l’intimité au profit de ses frères dans le Christ. Mais jusqu’à la fin, l’amitié lui a mené la vie dure !
Pour une autre découverte de ce "marchand de paroles", vous pouvez cliquer sur ce lien pour lire un exposé des CONFESSIONS :
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